Les chrétiens, l’Eglise et le Monde

 

Enquête réalisée entre le 22 et le 27 janvier 2005 parmi la population des fidèles de l’Eglise catholique en Guadeloupe, à partir d’un échantillon représentatif de 292 personnes réparties en 27 communes selon la méthode des quotas.

 

Pourquoi une enquête ?

 

C’est un outil permettant de mesurer l’opinion d’une population donnée afin de connaître ses problèmes et aussi ses aspirations.

La population des chrétiens vivant en Guadeloupe a besoin de comprendre son environnement, de mieux cerner les enjeux de société pour s’y adapter.

Le but de l’enquête est de fournir des éléments d’appréciation d’ordre quantitatif.

Cela signifie que les résultats expriment un pourcentage d’opinion sur une question.

Ce pourcentage est donc bien une quantité de personnes qui pensent la même chose.

Ces résultats doivent être le point de départ d’une réflexion individuelle et collective. 

 

Comment interpréter les résultats ?

 

Cette enquête porte sur la population des fidèles.

Elle ne saurait être généralisée abusivement à l’ensemble de la Guadeloupe.

Comme toute enquête, elle n’est que l’image instantanée de l’opinion à un moment donné.

Il se peut que certains résultats obtenus en janvier méritent d’être corrigés.

Mais il faut surtout s’attacher à dégager des tendances lourdes qui sont apparues et qui traduisent l’état de l’opinion.

C’est en cela que ce sondage peut être utile.

Sans être un reflet fidèle de l’opinion des fidèles, il n’en constitue pas moins un miroir de notre société au travers de l’expression d’un groupe (les fidèles) assez représentatifs par leur importance de la population guadeloupéenne.

 

Quel usage en faire ?

 

Le sondage n’est pas une vérité absolue et définitive.

C’est un outil qu’il faut pouvoir utiliser pour comprendre les réalités sociales.

Il ne remplace pas la réflexion, il la nourrit.

Il doit permettre d’engager des discussions et des échanges pour donner plus de profondeur aux analyses sur la société.

C’est indispensable, car l’Eglise ne peut évoluer en ignorant son environnement.

Les résultats peuvent être discutés, contestés, mais il ne faut surtout pas leur faire dire ce qu’ils ne disent pas.

En d’autres termes le sondage doit être considéré comme une aide à la décision.

 

 

 

INTERPRETATION DES RESULTATS

 

D’une manière générale, les résultats obtenus traduisent une angoisse existentielle profonde et une très grande incertitude face à l’avenir.

D’autres part, ils révèlent une absence dramatique de confiance dans notre société.

Ils reflètent le malaise que chacun ressent devant une économie en lambeau, une perte des valeurs qui cimentaient la société guadeloupéenne et un imbroglio politique permanent qui laisse abasourdie la conscience citoyenne.

Il faut situer ce sondage dans le contexte qui est le sien.

La Guadeloupe, en janvier 2005, sort d’une forte agitation sociale.

Elle émerge à peine d’une période intense sur le plan politique qui a profondément, à la faveur de la consultation du 07 décembre 2003, bouleversé la donne politique.

Il intervient au moment où la question de l’immigration fait irruption dans l’espace public.

Pour autant, la Guadeloupe est devenue en l’espace de quelques années une société urbaine, aspirée par la modernité. Elle revendique ses racines créoles dans ce qu’il est convenu d’appeler une « identité sécurisée ».

 

ETRE CHRETIEN EN 2005

 

 Les personnes interrogées estiment qu’il n’est pas plus difficile aujourd’hui de vivre sa foi et que l’engagement devrait être total.

Elles considèrent que l’Eglise n’a pas à craindre la concurrence d’autres mouvements religieux.

Elles sont favorables à l’implication de l’Eglise sur les questions économiques, sociales et culturelles.

Elles sont plus réticentes lorsqu’il s’agit pour l’Eglise de s’intéresser aux problèmes politiques.

Cependant, elles admettent volontiers que la population guadeloupéenne est moins chrétienne et que les sectes ont gagné en influence.

 

REGARD CHRETIEN SUR LA GUADELOUPE

 

C’est un regard pessimiste.

Pour une très grande majorité, la situation économique s’est dégradée.

Ils attribuent à tous les acteurs sociaux la responsabilité des conflits sociaux et considèrent que le chômage, la toxicomanie et l’insécurité sont les plus graves maux que connaît le pays.

Ils ne font pas confiance aux élus, ils ne croient pas en la jeunesse, et éprouvent une grande méfiance envers les médias et même envers l’Ecole.

Seule l’Eglise est encore à leurs yeux digne de confiance.

 

REGARD CHRETIEN SUR LE MONDE

 

A ce niveau non plus les chrétiens de Guadeloupe ne font pas preuve de beaucoup d’optimisme.

En majorité, ils estiment les guerres inévitables et attribuent la responsabilité des catastrophes naturelles à la négligence de l’homme.

Ils admettent volontiers que l’Europe est source de financement sans véritable sentiment d’appartenance car beaucoup craignent pour la préservation de leur identité.

S’ils sont, en très grande majorité, favorables à l’établissement de relation avec tous les pays de la Caraïbe, s’ils sont d’accord pour participer aux actions humanitaires, ils s’estiment insuffisamment informés sur les questions internationales.

C’est peut-être pourquoi ils souhaitent un engagement de l’Eglise sur les grandes causes (paix, lutte contre le SIDA…).

 

Cette enquête est révélatrice du mal-être guadeloupéen.

Elle dévoile deux tendances fortes :

 

l’opinion admet volontiers que la Guadeloupe est malade, voire très gravement malade.

 

cette même opinion est en prise à une crise de confiance essentielle. Elle ne voit pas de solution et ne croit pas en la capacité des responsables à redresser la barre.

 

De façon secondaire l’enquête révèle une absence de confiance en soi, en la Guadeloupe. Elle donne cependant à l’Eglise une mission très importante.

Elle doit contribuer à une véritable résurrection sociétale pour réanimer le corps social.

C’est ce que les fidèles attendent d’elle, tout au moins dans l’expression qui transperce dans le sondage réalisé en janvier 2005.              

 

Julien Mérion, consultant

avec l’aide  technique de Klara KELLY