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...Le Denier de l’Eglise est la contribution volontaire que chaque catholique est appelé à verser. Il est à l’Eglise ce que l’Impôt est à l’Etat. Le Denier de l’Eglise est librement consenti par les fidèles et « chacun donne selon son cœur ». Il permet à l’Eglise de vivre, d’agir et de se développer en remplissant la mission que le Christ lui a confiée. »...
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Haïti autrement: Un voyage à Ti Boucan
Par Jean-Pierre ADELAIDE.
Quittant Port-au-Prince après avoir laissé la capitale par les quartiers de « CARREFOUR » et « MARIANI », nous nous dirigeons vers la commune de Gressier distante d’une dizaine de kilomètres. Mais compte tenu des embarras de la circulation, nous mettons une bonne heure pour arriver à Gressier.

Cette commune a été largement touchée par le séisme du 12 janvier 2010 et elle présente ça et là le spectacle des maisons éventrées et d’édifices à l’état de ruine.

Nous nous rendons à la section TI BOUCAN en prenant à gauche dans le bourg pour nous diriger vers la montagne. 9km séparent le bourg de Gressier du centre de la section TI BOUCAN. Nous mettrons plus d’une heure pour les parcourir. Cette fois il ne s’agit pas des embarras de la circulation. Non ! Nous sommes en pleine campagne et bientôt en pleine montagne. Au fur et à mesure que progresse le 4X4 puissant dans lequel nous avons embarqué le Père Daniel ROMULUS et moi-même, le chemin se rétrécit et devient de plus en plus chaotique. Nous croisons de moins en moins de piétons et de temps en temps dans les champs, nous pouvons apercevoir quelques rares habitations isolées et des paysans qui travaillent la terre.

Le Père ROMULUS, originaire de Ti BOUCAN, m’avoue que c’est la première fois qu’un 4x4 arrivera (si tout se passe bien) jusqu’au cœur du hameau de Ti Boucan, la piste praticable par les véhicules terrestres s’arrêtant normalement plus de 2 Km avant l’entrée du village. Il semble que depuis le séisme, des équipes constituées d’habitants des environs, travaillent d’arrache pied pour parfaire la piste et la rendre praticable.

De fait, ça et là, nous croisons une armada de paysans, transformés en cantonniers, qui pelles et pioches à la main, arasent des talus, creusent des rigoles, cassent des rochers à l’aide de « pics ».

Le chemin de Ti boucan franchit à gué par deux fois un cours d’eau. Le 4x4 roule quelques centaines de mètres à même le lit de la rivière avec de l’eau jusqu’au bas de caisse. Je ne suis pas fier ! Les "deux ponts de transmission" sont un peu plus justifiés. Maintenant c’est le bout du monde. Le téléphone cellulaire ne fonctionne plus dans la vallée profonde, la panne signifierait plusieurs heures de marche. Arrive alors le sentier de montagne. Les pierres roulent sous les roues de la « machine »* qui tangue de plus belle.

Autour de nous le paysage devient aérien. Une vue d’avion sur la plaine de Gressier, à perte de vue. Je prends conscience que Haïti est un vaste pays, aucune commune mesure avec les horizons de Guadeloupe où la mer vient vite nous rappeler que nous sommes des îliens.
Après deux heures de route, et un dernier raidillon à vous couper le souffle, nous arrivons dans ce qui constitue l’entrée de TI Boucan. C’est à ce passage extrêmement difficile que le Père ROMULUS m’indique que c’est la première fois qu’une « machine »* à 4 roues emprunte ce chemin. De fait, des paysans travaillent toujours à l’amélioration de cette étroite sente.
A l’arrivée à TI BOUCAN, j’ai le sentiment d’avoir parcouru au moins 100 Km. La fatigue du voyage est là, tant nous avons été secoués. Mais le lieu est paradisiaque.

A l’entrée du village, le traditionnel ’Pit’ à coq".
Nous parcourons le Père ROMULUS et moi-même les derniers quatre cent mètres à pied pour arriver au centre du village, après avoir laissé la « machine » que notre chauffeur a garé à l’ombre d’un manguier.
Direction l’école dont l’espace a été reconstruit après le séisme sous un prélart dont le financement a été assuré sur le fond de solidarité du diocèse de Guadeloupe.

Je découvre les lieux. Quatre sections du primaire fonctionnent sous cet abri de fortune. Une soixantaine d’enfants étudient et effectuent des activités différentes sans même un paravent pour isoler un cours de l’autre.
A notre arrivé tout le monde se lève pour les présentations. Puis spontanément retentit un chant de bienvenue, témoignage de gratitude de ces enfants et de leurs instituteurs pour ceux qui représentent leur bienfaiteurs.

Quelques mots de remerciements, quelques échanges avec les élèves et nous voici partis dans l’école voisine de quelques mètres où l’ambiance est studieuse.

Les cours sont arrêtés le temps d’une rencontre avec les quelques 9 instituteurs qui enseignent dans cette bourgade. Ces écoles fonctionnent selon un régime privé, et les enseignants sont de jeunes étudiants qui gagnent leur vie en acceptant de vivre dans la campagne très retirée pour communiquer leur savoir à ces jeunes enfants qui sont l’avenir d’Haïti.

Avec les jeunes enseignants à Ti Boucan.
C’est comme çà que nous apprenons qu’après le séisme nombre d’enfants n’ont pas regagnés l’école. Leurs condisciples nous révèlent que leurs parents n’ont pas d’argent pour leur acheter des « tennis » pour venir à l’école, et qu’ils vont aux champs donner de l’aide où qu’ils restent à la maison faute de pouvoir marcher de longues heures sur cette route pleine de cailloux.
L’échange avec les instituteurs fut très révélateur des conditions d’accès à l’éducation. C’est très naturellement que nous avons accepté, après un échange entre le Père ROMULUS et les parents des élèves concernés, d’acheter des chaussures pour les enfants qui en étaient dépourvus, et d’organiser chaque jour d’école une distribution de repas chauds, de façon à inciter leurs parents à les envoyer à l’école.
Le diocèse de Guadeloupe, qui assure le traitement des instituteurs jusqu’à la fin de cette année scolaire, prend en charge l’achat des aliments qui sont cuisinés par des parents volontaires qui habitent à proximité des 2 écoles de Ti Boucan.

Le transport des charges se fait à dos d’âne.
Avant même le séisme du 12 janvier 2010, le diocèse de Guadeloupe a soutenu une initiative du Père ROMULUS envers les agriculteurs de Ti Boucan. Des outils agraires essentiellement de pioches et des pelles, ont été distribués ainsi que des semences (poids, maïs, etc..) en sorte de leur permettre de cultiver la terre et de récolter ce qui sera leur principale nourriture durant toute l’année, et particulièrement au moment de la grande sécheresse. Une distribution de semences a été réalisée au début du mois de mars.

De part et d’autre du village nous avons pu admirer les jardins en étage et constater l’état d’avancement des plantations réalisées tout autour des maisons.

La maison familiale du Père Daniel.
Ti Boucan est un Hameau dans lequel vivent prés de 2500 âmes. Mais la dissémination de l’habitat rend l’endroit presque sauvage, si ce n’est que l’abondance des jardins indique la présence de l’Homme.
Rien à voir avec la mégapole « Port-au-Prince ». Ici tout est calme propre et ordonné. C’est Haïti dans toute sa ruralité.

Certes les conditions de vie sont rudes, l’habitat, certainement du fait du manque d’accessibilité pour les matériaux, est précaire, mais il aura plus ou moins bien résisté au séisme. Cependant, on peut redouter la période cyclonique car il est très exposé en altitude.

Cette visite fut pour moi très enrichissante. Au-delà de la beauté du site de Ti Boucan, la vie à la campagne, le mode de vie de cette population nous interpelle et nous oblige à nous interroger sur le modèle de développement d’Haïti. Fallait-il concentrer l’activité et donc les populations dans la capitale ? Ce mode de vie est-il compatible avec la mentalité des haïtiens. ?

Des enfants à Ti’Boucan
Ce choc des cultures et des modes de vie de Port-au-Prince à Ti Boucan interpelle, au moment de penser la reconstruction d’Haïti.
« Reconstruire Haïti » ne doit pas consister seulement à reconstruire des maisons, des immeubles des édifices publics…

La pollution à Port-au-Prince
"Reconstruire Haïti" ne signifie t’il pas le reboisement, la décentralisation de l’activité des entreprises, la revalorisation de l’agriculture, la création d’un accès à l’eau potable et l’installation de centres de santé bien gérés partout ?.. C’est une tâche immense et cela prendra au moins 20 ans. Mais c’est possible. Des terres plus arides qu’en d’Haïti ont été transformées. L’introduction de techniques agricoles nouvelles doit permettre à Haïti de retrouver son autosuffisance alimentaire. Il faut juste redonner aux haïtiens la fierté de cultiver leurs propres aliments et la capacité de vendre leurs produits de base au moyen de réseaux de distribution interne au lieu d’importer des œufs et des bananes plantains de la République dominicaine, le riz et la viande de volaille des États-Unis , les flocons de maïs et autres céréales à partir de Miami…

Vue aérienne de Port-au-Prince.
Enfin, le développement économique de ce pays passe nécessairement par une politique d’aménagement du territoire, le développement du réseau routier, la création d’un réseau hydraulique, le développement des énergies renouvelables (solaire, éolien…) et surtout l’abandon progressif du charbon de bois, responsable de la déforestation de ce pays, au bénéfice d’autres énergies (gaz, électricité..)
Formidable défi, formidable pari. Nous antillais partageons avec Haïti tout un pan de notre histoire, de notre culture et les langues créole et française. Autant de bonnes raisons de nous montrer solidaires de ce peuple frère qui mérite toute notre attention.
* Dans le langage haïtien la « machine » désigne le véhicule à moteur (automobile ou motocyclette)
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La moisson est grande, les ouvirers peu nombreux !






