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Mgr Bestion, évêque de Tulle aux Antilles

A l’invitation des évêques de Guadeloupe et Martinique, Mgr Francis  Bestion évêque de Tulle est en visite dans les deux diocèses pour le diaconat. En effet, chargé du diaconat par la conférence épiscopale de France, il anime une retraite pour les 12 diacres guadeloupéens et leurs épouses.
Ce week-end, à St Jean Bosco, ce temps spirituel comportera plusieurs enseignements de Mgr Bestion  avec également des échanges enrichis par l’expérience de l’évêque de Corrèze.

Mgr Bestion, originaire de la Lozère a été professeur aux séminaires d’Avignon et de Toulouse qui lui a permis de connaitre les séminaristes antillais. A plusieurs  reprises, il est venu en Martinique et en Guadeloupe. Vicaire général de Mende, il a été nommé évêque de Tulle le 12 Décembre 2013 et a été ordonné  évêque le 23 Février 2014.
 Après 4 jours en Guadeloupe, il séjournera deux jours en Martinique pour y rencontrer Mgr Macaire et les diacres du diocèse de Fort-de-France.

Accueilli par Mgr Riocreux, il a pu rencontrer ses anciens élèves du séminaire Saint Cyprien de Toulouse !


Interview de Mgr Francis BESTION
  
Monseigneur, vous avez prêché la Retraite pour les diacres du diocèse, du vendredi soir 3 février au dimanche soir 5 février, au Foyer Saint-Jean Bosco de Goubeyre. Quel en était le thème ?
 
J’avais choisi pour thème : « Fidélité à l’appel de Dieu, fidélités aux appels des hommes ». Il me semble important de bien situer le ministère des diacres. Les diacres ne sont ni des ‘super-laïcs’ ni des ‘sous-prêtres’ ! Ce sont des ministres ordonnés qui, en recevant l’Ordre sacré du diaconat, ont été configurés au Christ Serviteur, pour le service de l’Eglise, selon la triple diaconie de la liturgie, de la Parole et de la charité. Le thème de la Retraite avait pour but de les aider à vivre une spiritualité du service, en fixant les yeux sur le Christ, dont le sommet du service est la Croix. Sur la Croix, le Christ est entièrement tourné vers son Père (verticalité) et entièrement tourné vers l’humanité (horizontalité). Il s’offre à son Père pour le salut de ses frères.
 
Cette double fidélité (à Dieu et aux hommes) est-elle source de tension ?
 
En fait, les deux fidélités n’en font qu’une ! Comme l’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain sont deux commandements inséparables. Le service du Christ requiert une donation totale, radicale et préférentielle : « celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, son fils ou sa fille plus que moi, celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi ». Ce sont des paroles très fortes, mais qu’on ne peut pas esquiver. L’Evangile se présente comme une exigence radicale impossible à minimiser, parce qu’être fidèle à l’Evangile, c’est avant tout être fidèle à Jésus ; et être fidèle à Jésus, c’est se donner entièrement pour la mission reçue, être donné aux autres. S’il y a tension, c’est sûrement parce que nous constatons l’écart qu’il y a entre l’Evangile et notre vie de disciples-missionnaires, de ministres du Christ, en Eglise. Cet écart ne doit pas nous décourager, mais, au contraire, nous ancrer dans l’humilité, l’abandon à Dieu, la confiance. En embrassant la Croix, nous sommes sûrs de ne pas déserter le réel et de vivre certaines tensions de manière plus sereine. J’ai évoqué les souffrances pastorales qui sont le lot du ministère de l’évêque, des prêtres et des diacres. La souffrance apostolique n’est pas un incident de parcours, elle est inhérente à notre ministère. Elle est un mode de participation à la souffrance rédemptrice du Christ. On ne peut pas mettre entre parenthèses la Croix. Les difficultés du ministère ne doivent pas ôter la joie apostolique ! La veille de sa Passion, le Christ parle de « joie » à ses apôtres : « je vous dis tout cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie ».
 
Je sais aussi que vous leur avez beaucoup parlé de l’Eglise.
 
C’est vrai. Je leur ai dit qu’aujourd’hui, les chrétiens peuvent être tentés, y compris des ministres ordonnés, de regarder l’Eglise avec les lunettes du monde médiatique, c’est-à-dire de ne voir en elle que le côté institutionnel ; et, aujourd’hui, on critique facilement les institutions… J’ai insisté sur le fait que l’Eglise est sainte parce qu’elle est l’Epouse du Christ, même si elle est peuplée de pécheurs. Nous en sommes tous. On ne peut pas servir l’Eglise comme évêque, prêtre, diacre, sans développer un profond amour pour elle. L’Eglise est notre mère et on ne critique pas sa mère. Comment aimer le Christ, si nous n’aimons pas l’Eglise ? C’est elle qui nous a enfanté à la vie divine, à la grâce. Je me souviens d’une réflexion d’une laïque : « les diacres ont un pied dans l’Eglise et l’autre dans le monde ». C’est absurde ! Les diacres ne sont pas des êtres hybrides… Ils ont les deux pieds dans l’Eglise et les deux pieds dans le monde, car l’Eglise n’est pas en dehors du monde. L’amour de l’Eglise ne nous retire pas du monde. Bien au contraire, il nous apprend à regarder le monde, les hommes et les femmes de ce monde, avec le regard miséricordieux de Jésus. Dans l’Eglise, notre mère, nous apprenons vraiment à aimer l’humanité comme le Christ l’a aimé, lui qui s’est livré pour elle.
 
Vous avez pu constater une réelle fraternité dans le groupe des diacres ?
 
Oui, et c’est très important ! Ils vivent cette fraternité qui n’est pas de l’ordre seulement de la camaraderie. La fraternité des diacres est une fraternité sacramentelle. Qu’est-ce à dire ? Qu’avant toute chose, elle est un don reçu par la grâce de l’ordination. Mais un don qui demande à être vécu concrètement et entretenu par des rencontres régulières, la prière ensemble, la relecture des missions. Tout cela dans un grand esprit de communion avec l’évêque. C’est lui qui ordonne le diacre (il est le seul à lui imposer les mains), c’est lui qui confie au diacre une mission, c’est lui qui est le garant de la communion fraternelle entre les diacres.
J’ajoute aussi que j’ai apprécié la présence des épouses. J’ai eu une rencontre avec elles, au cours de laquelle chacune a pu exprimer la manière dont elle se situe comme épouse d’un mari qui est diacre. J’ai senti une belle liberté et, dans l’ensemble, beaucoup de sérénité. Tout au long de la formation initiale du candidat au diaconat, l’épouse accompagne son mari, en participant aux rencontres de formation. C’est important, car le sacrement du mariage a créé un lien indissoluble et une communauté de vie ; il doit donc y avoir un cheminement et un discernement ensemble, même si seul l’homme sera ordonné diacre et recevra une mission diaconale. Les temps de partage entre épouses permettent à chacune d’entre elle de poser des questions, de faire part de son expérience, de se soutenir s’il y a quelque difficulté, et de cheminer sans crainte. Je les remercie de leur beau témoignage.
 

 
 
 

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