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Les prêtres sensibilisés à la prévention et à la lutte contre les abus sexuels dans l’église

Une session de formation a été organisé le 20 janvier dernier à l’attention de l’ensemble des prêtres du diocèse de Guadeloupe sur le sujet sensible de la détection des abus sexuels sur les mineurs et les personnes vulnérables dans l’Eglise. C’est Me Bernard OLLIVIER, avocat de la conférence épiscopale qui en était l’intervenant.


C’est à l’initiative de l’évêque de Basse-Terre e de Pointe-à-Pire, que cette importante session de formation a eu lieu, le lundi 20 janvier 2020, de 9h à 16h au Centre Pastoral Siméon Ouali, aux Abymes. Tous les prêtres du diocèse y étaient conviés, leur présence avait d’ailleurs été rendue obligatoire. Les diacres, mais aussi les religieuses qui le souhaitaient ont également pu assister à ce temps d’information et d’échange sur ces problématiques très lourdes que l’Eglise a décidé de traiter avec transparence et courage. Cette session de formation s’inscrivait donc dans le cadre des dispositions prises pour prévenir et lutter contre les abus sexuels sur mineurs et personnes vulnérables au sein de l’église. Elle a été dispensée par Me Bernard Ollivier, avocat spécialiste de ces questions auprès de la conférence des évêques de France. Déjà, de nombreux diocèses ont organisés de telles journées de réflexion et de formation sur ce thème. Le diocèse de Guadeloupe s’est par conséquent inscrit dans ce mouvement, suivant les décisions arrêtées par les autorités de l’église catholique.  En  France, la prise de conscience des abus sexuels sur les mineurs dans l’Eglise est intervenue au début des années 2000, avec la condamnation de l’évêque de Bayeux et Lisieux, à trois mois de prison avec sursis, pour ne pas avoir dénoncé les agissements pédophiles, dont il avait connaissance de la part d’un prêtre de son diocèse. Un peu moins d’une vingtaine d’années plus tard, un autre évêque français est condamné à dix-huit mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’abus sexuels sur mineurs. Plus récemment, la condamnation du cardinal Barbarin en première instance avec des faits prescrits et une infraction de non-dénonciation non constituée a continué de soulever de nombreuses questions (le cardinal Barbarin a fait appel de sa condamnation et reste présumé innocent).

La commission indépendante déjà à l’œuvre

Devant le presbytérium, Me Ollivier a décliné les repères juridiques sur le plan pénal et canonique qui s’appliquent en l’espèce.De même, les thématiques suivants ont fait l’objet d’explications documentées : l’obligation de signalement, ce que le signalement doit comporter, quand faut-il signaler, comment distinguer les faits de la rumeur, droit ecclésial et droit étatique, droit pénal canonique et droit français ; prêtre et évêque, qui informe et qui signale. Rappelons que la Conférence des Evêques de France (CEF)  a créée fin 2018 lors de leur assemblée plénière à Lourdes, une commission indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise (CIASE). Elle est chargée « de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Eglise catholique depuis 1950, de comprendre les raisons qui ont favorisé la manière dont ont été traitées ces affaires et de faire des préconisations, notamment en évaluant les mesures prises depuis les années 2000 ». La mission s’articule autour de trois grandes phases : l’établissement des faits, la compréhension de ce qui s’est passé, en tenant compte du contexte des époques concernées, la prévention de la répétition de tels drames (propositions et recommandations). La commission reçoit les témoignages dans le respect des articles 434-3 et 434-1 du Code pénal qui lui font obligation d’informer les autorités judiciaires de toutes les agressions ou atteintes sexuelles infligées à un mineur ainsi que de tout viol commis sur un majeur dont l’auteur serait susceptible de commettre de nouveaux viols qui pourraient être empêchés.

Indemniser les victimes de faits prescrits

En novembre 2019, les évêques de France ont voté le principe d’une somme d’argent unique et forfaitaire destinée à la reconnaissance de la souffrance des victimes des prêtres pédocriminels. A priori cette disposition devrait s’appliquer uniquement aux personnes qui ne pourraient plus agir en justice, donc pour les cas prescrits ou lorsque l’auteur des faits est décédé. Le montant de ce forfait sera proposé aux évêques lors de leur assemblée à Lourdes d’avril 2020. Il es à noter par ailleurs, qu’un très récent décret du pape François, publié le 17 décembre 2019, abolit le secret pontifical pour « les plaintes, les procédures et les décisions » internes à l’Eglise concernant les violences sexuelles commises par des clercs sur des mineurs ou des personnes vulnérables. Le pape a également décidé que la détention de matériel pédopornographique impliquant des mineurs de moins de 18 ans sera considérée comme un grave délit. Tout cet arsenal juridique, canonique et réglementaire a été présenté aux prêtres du diocèse durant cette journée de formation et de sensibilisation qui a fait place également à des temps de paroles et d’échanges. Sur les antennes de Radio Massabielle, le père Jonas Saint-Paul, curé de la paroisse du Gosier et Supérieur de la congrégation des Spiritains au sein du diocèse, a insisté sur la nécessité de traiter ce fléau car c’est une question de vie ou de mort de l’Eglise. « On est beaucoup dans la confiance, mais il faut être objectif car les réalités sont là, devant nous. On doit être dans une attitude constante de vigilance, à la limite de la suspicion qui permet entre prêtre de se regarder. Oser dire à un confrère, face à un questionnement : ce que tu fais m’interpelle, je ne comprends pas ton comportement par rapport à telle ou telle situation, explique-toi ».
 


L’appel aux victimes

La commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église a lancé un appel à témoignages le 3 juin 2019 pour écouter et entendre ceux et celles qui ont souffert personnellement ou qui peuvent témoigner des abus sexuels - toute agression ou atteinte sous quelque forme que ce soit - commis par des prêtres ou des religieux(ses). Les victimes, mineurs au moment des faits, majeurs protégés et personnes qui, dans le cadre d’une relation de hiérarchie, d’autorité, d’accompagnement spirituel ou d’emprise se sont trouvées engagées dans une relation à caractère sexuel non librement consentie, sont invitées à se manifester auprès de cette commission qui es à leur écoute 7 jours sur 7, de 9h à 21h, par téléphone au 01.80.52.33.55, par email ( Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) ou par courrier postal à l’adresse suivante : Service CIASE – BP 30132, 75525 Paris cedex 11.
 
 
 
 

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