Eglise dans la Caraibe

Haïti : l’hiver Jérémien, par un jeune médecin guadeloupéen

Haïti : l’hiver jérémien
Rapport d’un voyage « solidaire » par un jeune médecin guadeloupéen

 
De nombreuses églises détruites ; ici celle de Numéro 2 (section où se trouve l’aérodrome de Jérémie)
 

                En ce jour de prières pour les morts, c’est pour les vivants que j’écris et viens ici porter mon témoignage. Et plus précisément pour les survivants du cyclone Matthew, assurément le plus destructeur en Haïti depuis deux siècles (c’est dire son caractère tragiquement historique).
                Interne en médecine générale au CHU de Pointe-à-Pître, mais lié à Haïti depuis de nombreuses années, je ne pouvais rester indifférent à la situation du département de la Grande-Anse (préfecture Jérémie) dans lequel vivent la plupart de mes amis haïtiens. Devant l’urgence de la situation, c’est de mon propre chef que j’ai entrepris un voyage de 12 jours sur place, entièrement à mes frais. Mon but était triple : servir en tant que médecin là où l’on aurait besoin de moi (en apportant au passage 2 caisses de médicaments et autres produits de santé achetés en Guadeloupe sur la base d’une liste fournie par un ami médecin de Jérémie), apporter mon amitié et mon soutien à mes amis sinistrés, et me rendre compte par moi-même sur place de l’état réel de la région la plus touchée par Matthew afin d’en témoigner à mon retour en Guadeloupe. Ce que je viens faire ici dans les lignes qui suivent.

 En arrière-plan : la cathédrale Saint-Louis complètement « détoiturée » …

… et privée d’une grande partie de ses vitraux.

 

Arrivée à Jérémie
S’il est vrai que le cyclone a touché l’ensemble du pays, ce sont avant tout les départements du Sud-Ouest qui ont été les plus dévastés, et en particulier le département de la Grande Anse.
                Un constat unanime et que j’ai pu expérimenter par moi-même. Arrivé de Port-au-Prince en petit avion 15 jours après l’ouragan, c’est à un spectacle bouleversant que j’ai assisté au moment de se poser sur la piste de l’aérodrome de Jérémie : celui d’une région totalement défigurée. Dans ce département agricole habituellement verdoyant et beaucoup moins touché qu’ailleurs par le déboisement, le vert magnifique a laissé la place à une couleur brune dominante de type « nature morte », celle des arbres morts, pliés, couchés, déracinés ou étêtés par le cyclone, celle des arbres encore debout mais majoritairement effeuillés, dont l’ensemble des branchages se retrouve mis à nu, et celle de la terre ainsi révélée par cette destruction de la couverture végétale. Vu de haut, c’est comme si un aspirateur géant était passé sur la zone et avait tout lessivé sur son passage. Et une fois au sol, pour qui, comme moi,  a connu l’endroit auparavant, le paysage est devenu méconnaissable.
                L’image la plus souvent citée est celle d’une bombe atomique ; aussi choquante puisse-t-elle paraître, elle n’est pas exagérée, notamment à la campagne. Une autre, plus naturelle mais aussi plus porteuse d’espérance, est celle de l’hiver, cette saison des climats tempérés où la nature semble morte alors qu’elle est endormie et se réveillera quelque temps plus tard. Cependant l’hiver n’existe pas sous nos latitudes, et voir ces paysages d’une extraordinaire beauté dans cette région rurale jusque-là relativement préservée, aux eaux maritimes  de couleur azur et désormais ternies par les tonnes de boue charriées par les rivières, a quelque chose de profondément sidérant et traumatisant sur le plan psychique. Cet état de sidération et d’abattement, je l’ai bien ressenti, le jour de mon arrivée. Avant de commencer à travailler le lendemain, dans l’hôpital de Jérémie à peine rouvert.

 
Première messe dominicale post-cyclone à Carcasse, devant le presbytère à 6h30 (pour éviter le soleil) : malgré l’épreuve, continuer de croire et d’espérer

 

Destruction végétale, destruction urbaine
                L’impact de la destruction des arbres est majeur pour la population. En effet, de par leur nombre et leur omniprésence, les arbres sont devenus, par leur chute, des obstacles partout : obstacles sur les routes qu’il a fallu déblayer (et tous les axes secondaires ne sont pas encore accessibles, même à Jérémie) ; mais aussi obstacles privés dans les cours, gênant l’accès aux bâtiments. Et par suite des encombrants innombrables sur tous les bas-côtés, se mêlant aux ordures et aux gravats multiples résultant du cyclone. Surtout que ce sont parfois des arbres immenses qui ont été complètement déracinés, témoignant de l’incroyable force de la tempête. Enfin, avec leur disparition c’est aussi une ombre, un abri, une respiration qui manque à tout un chacun, pour un peuple qui, comme la plupart des peuples vivant sous les tropiques, vit en majorité dehors.
                Cependant, vivre dehors n’empêche pas d’avoir un chez-soi, même fort modeste. Et comme souvent dans ces circonstances, ce sont les plus modestes qui sont les plus vulnérables au niveau de leur habitat. C’est ainsi que beaucoup de toitures ont été soufflées et emportées au loin, ne laissant que quelques pans de murs, quand ces murs eux-mêmes n’ont pas été fragilisés voire entièrement détruits. Parfois même les murs ont cédé avant la toiture, qui s’est affaissée sur elle-même, restant sur place et recouvrant les restes de la maison. Murs de maisons, murs d’église ou de bâtiments publics, murs de clôture… Rien n’a été épargné.
                Et quand bien même les maisons ont résisté, que dire de leur intérieur ? Que ce soit à Jérémie même, à Carcasse sur la côte Ouest, ou encore à Chateau au Sud, tous mes amis ont vu leur maison inondée. Bien souvent les ouvertures sont sans fenêtres, et quand il y en avait elles n’ont pas résisté : les grandes baies vitrées se sont révélées les plus fragiles face à l’ouragan et ont systématiquement volé en éclat, tandis que pour les petites jalousies vitrées en étage (qu’on retrouve aussi chez nous en Guadeloupe), ont souvent mieux résisté. Cependant,  quand elles n’étaient pas brisées, même fermées elles n’empêchaient pas l’eau de pénétrer à l’intérieur ! par la puissance des vents combinée aux pluies diluviennes. Et du fait de la force des vents extérieurs l’eau ne sortait pas des habitations et s’accumulait, allant parfois jusqu’à 10 à 15 cm de hauteur ! A tel point qu’il fallut plusieurs jours pour assécher et nettoyer l’intérieur des habitations.
                Ce témoignage, à peine croyable, m’a été confié à trois reprises et dans des termes à peu près similaires par des personnes habitant dans trois endroits différents, ce qui ne peut que me pousser à les croire malgré la difficulté d’imaginer de telles situations. Dans cette affaire, on se doute que beaucoup de biens matériels ont été perdus, et à mon arrivée 15 jours après ce cataclysme, nombreux étaient encore ceux qui continuaient à faire sécher livres et autres objets détrempés… De nombreux livres de toutes sortes – scolaires, de bibliothèque, registres d’archives civiles, religieuses ou sanitaires – sont hors d’usage, avec toutes les conséquences que l’on imagine.
                Ainsi c’est toute la population qui se trouve sinistrée et toute la région qui se trouve désorganisée.
                Sans compter les inondations du week-end des 22 et 23 octobre qui, quinze jours après le séisme, ont durement touché notamment la côte Ouest de la Grande Anse, en particulier la commune/section dite « Mandou » et située entre Les Irois et l’Anse-d’Hainault. Inondations dévastatrices que j’ai vécues en direct à mon retour sur Jérémie. Je m’étais en effet rendu pour le week-end à Carcasse, section communale située après les Irois, à la rencontre du Père Verdieu et de sa paroisse que je connais bien. A l’aller j’avais pris le « taxi-moto », pour un trajet de 5h sur une route encore majoritairement à l’état de piste peu carrossable, secoué derrière mon motard heureusement fort expérimenté, mais grâce à Dieu (et grâce à lui !)  sans chute ni aucun incident. Lors de ce trajet, j’avais pu me rendre compte à quel point c’était bien l’ensemble du département qui était défiguré : lors du premier tronçon déjà, avec la vallée de la Grande Anse, jusqu’alors si belle de par la rivière Grande Anse serpentant calmement en son creux et entourée de plaines et collines fertiles, et désormais dévastée par le cyclone… Et que dire des communes de la côte Ouest : Dame-Marie, Anse-d’Hainault, Les Irois, et les sections entre ces communes, toutes balayées par la mer ; ces communes doublement frappées du fait d’être à la fois directement exposées à la furie de la mer,  et d’être excentrée par rapport à la préfecture de Jérémie.
                Le trajet retour se fit en voiture, dura 12h, et fut notamment marquée par l’inondation de la majeure partie de la section Mandou par la rivière du même nom. Il fallut traverser un premier gué devenu un flot tumultueux de 50 m de large, puis être immobilisé par un deuxième gué devenu encore plus large et infranchissable, durant près d’une heure, le temps d’assister à une décrue progressive mais surtout à la panique des habitants qui traversaient le gué dans un sens ou un autre avec des ballots empaquetés et portés à bout de bras pour trouver refuge on ne sait où… Et partout des maisons inondées, des habitants fébriles en pleine activité ou au contraire médusés, et de partout les flots bruns cherchant à se frayer un passage vers la mer toute proche… Ce fut l’un des moments les plus difficiles à vivre dans ce séjour, et le père Verdieu, haïtien proche de son peuple et bouleversé par la misère des gens de cette commune, me confia le lendemain avoir été traumatisé par ce que nous avions vécu. Il fallut plus loin attendre 4h de plus la décrue pour passer le gué de Dame-Marie et rentrer dans la nuit à Jérémie. Après un tel voyage, comment espérer ?


 Un immense arbre déraciné : témoin de la puissance de l’ouragan…


La vallée de la Grande Anse, méconnaissable

Une solidarité intérieure spontanée

                Bien évidemment, la solidarité haïtienne s’est immédiatement mise en place à l’intérieur du pays. Les bâtiments publics ayant tenu, ainsi que les maisons privées, ont été prises d’assaut par les gens des alentours privés de toit. C’est ainsi que Mgr ROMELUS a accueilli près de deux cents personnes dans sa maison de Château « il y en avait partout ! » m’a-t-il dit « et serrés les uns contre les autres, couchés à même le sol ou sur quelque matelas, à tel point qu’il devenait difficile de circuler ». Père Verdieu, quant à lui, accueille plusieurs familles dans son presbytère de Carcasse, tandis que le dispensaire attenant, pas encore mis en service, sert à héberger une centaine de personnes. Et si les gens dormaient au début à la belle étoile, beaucoup sont parvenus depuis 15 jours à trouver une solution d’hébergement provisoire, quand ils n’ont pas réussi à se bricoler un toit de fortune à la hâte avec des restes de tôle récupérés… Un toit cependant insuffisant pour se protéger de la pluie. Comme dit Mgr Romélus, « si la tôle trompe le soleil, elle ne trompe pas la pluie » du fait des nombreux trous et fissures. A Carcasse un soir, au moment de quitter un ami à la nuit tombée, après avoir été dans une case pour consulter une patiente, celui-ci me confia avec simplicité qu’il n’était pas sûr d’arriver à bien dormir cette nuit-là, à cause de la pluie qui risquerait de s’infiltrer dans sa maison…
                La solidarité s’exerce aussi envers les zones reculées, reposant avant tout sur l’activisme des personnalités de ces zones possédant les moyens de mobiliser leur réseau. Autant dire une solidarité fragile. Mais néanmoins permise par un réseau routier qui n’a pas été grandement endommagé par le cyclone : concrètement il est possible d’effectuer le trajet Jérémie – Port-au-Prince en une matinée, comme auparavant (ceci pondéré par les aléas habituels mais qui existent depuis toujours). Et la plupart des routes secondaires, en l’absence de pluies, sont le plus souvent praticables dans les conditions antérieures à Matthew. Quant aux zones côtières, quelques barques épargnées par la furie des vagues permettent aux habitants de se rendre comme avant dans d’autres communes (je pense notamment à une vieille femme de Carcasse que j’ai consultée un soir et pour laquelle j’ai suspecté un AVC et rédigé un courrier médical : elle aura été emmenée, je l’espère, par voie maritime dans l’hôpital le plus proche le lendemain matin seulement, la route étant impraticable ce soir-là du fait de la pluie et aucun autre moyen de transport n’étant disponible pour l’acheminer en urgence dans un centre de santé adapté).

 
L’école nationale de Carcasse « détoiturée » rend la date de reprise des cours incertaine…

Une aide humanitaire présente mais désorganisée

                En Haïti, ce ne sont pas les ONG qui manquent. Et beaucoup, jusque-là évanouies, sont réapparues comme par enchantement à l’annonce de la catastrophe. On pourrait s’en réjouir si leur action concrète était loyale et organisée ; ce qui est malheureusement loin d’être le cas. L’exemple le plus frappant est celui des cliniques mobiles. Au sein de la Direction Départementale du MSPP (Ministère de la Santé Publique et de la Population) à Jérémie, une réunion quotidienne a lieu pour l’organisation de ces cliniques mobiles – réunion à laquelle sont conviées l’ensemble des ONG participantes. Cependant, seules quelques-unes d’entre elles ont la loyauté d’y participer (3 à 4 sur la quinzaine de celles présentes dans la région), et il n’est donc pas rare que les ONG loyales, se rendant dans leur commune attribuée, y tombent nez à nez avec une autre ONG venue au même endroit sans en référer aux autorités locales ! Tandis que les zones les plus éloignées sont les plus délaissées.
                Idem pour les distributions de vivres et d’eau potable, également de médicaments et autres matériels de santé, qui se concentrent essentiellement dans les grands centres – il y en a eu plusieurs à Jérémie pendant mon séjour. Mais à mon départ, beaucoup de zones reculées n’avaient toujours pas vu, ni représentants de l’Etat ni ONG.
                C’est ainsi qu’à la violence climatique s’ajoute la violence humaine, celle causée par l’incapacité de la société humaine à s’organiser correctement pour venir en aide aux sinistrés. Alors que ce ne sont ni les moyens (l’ONU a annoncé avoir débloqué des sommes conséquentes), ni les bonnes volontés qui manquent. Comme si la communauté internationale n’avait pas su tirer les leçons de sa gestion calamiteuse de l’aide humanitaire post-séisme du 12 janvier 2010.

 
Une famille sinistrée parmi tant d’autres (ici à Carcasse)

L’église de Carcasse complètement détruite par les éléments (la mer est tout près) ; seuls les bancs et quelques objets précieux retirés à la hâte le matin même du 3 novembre par le Père Verdieu et les paroissiens ont pu être sauvés en étant mis à l’abri dans l’école Saint-Joseph (rez-de-chaussée intact mais le premier étage a été balayé par l’ouragan)

Et maintenant, que faire ?

                Chacun a son idée sur ce qu’il convient de faire mais la priorité est avant tout d’écouter les Haïtiens eux-mêmes et de les respecter.
                Au cours du week-end à Carcasse, j’ai pris part à une réunion avec les représentants de la commune, qui m’ont exposé leurs besoins dans une perspective à court, moyen et long terme en vue d’une reconstruction dans un esprit de développement durable. L’urgence, d’abord, concerne essentiellement 3 axes :
                 - Alimentaire : la famine menace gravement l’ensemble de la région à cause de la destruction de la quasi-totalité des cultures (arbres à pain/ arbres véritables, cocotiers, manguiers, bananiers, etc…) et plus les populations sont éloignées des grands centres comme Jérémie, moins elles ont accès aux aides. Toutes les denrées non périssables sont donc les bienvenues. Ainsi que les semences, notamment celles qu’il serait possible de planter très rapidement afin de profiter des dernières pluies de la saison avant la fin de l’année.
                 - Sanitaire : tous les savons, dentifrices et autres shampooings sont les bienvenus car beaucoup ont perdu tous ces produits après l’ouragan. Tous les produits à usage domestique destinés à purifier l’eau (type « Micropur » par exemple) également, car les pluies diluviennes du mois d’octobre et l’ouragan ont entraîné une nouvelle flambée de choléra. Egalement des appareils de purification d’eau, au moins 1 à 2 pour une section comme Carcasse (les sources ne manquent pas dans la zone tandis que les eaux en bouteille n’échappent pas à la flambée des prix). Ainsi que des citernes pouvant desservir une ou plusieurs maisons destinées à recueillir l’eau de pluie.
                 - Immobilier : l’urgence est de fournir à tous un toit sec donc les bâches, même s’il y en a eu un certain nombre de distribuées par des ONG, sont toujours les bienvenues dans des zones reculées comme Carcasse, jusqu’alors malheureusement peu visitées par les aides. Ainsi que des tôles de toiture de qualité. Concernant la reconstruction, si l’on trouve facilement sable, pierre et eau, les matériaux de base qui font défaut sont le fer, les tôles et le ciment.
                Dans une perspective à plus long terme, ce sont évidemment tous les thèmes d’un développement durable qui m’ont été cités : électricité, route, reboisement, agriculture durable, centre de santé, foyer culturel, formation des jeunes, aides aux adultes et aux handicapés, etc…

                Concernant les moyens : pourtant première république noire au monde (1804), la démocratie haïtienne est jeune encore (30 ans) et la déstabilisation permanente dont le pays a été victime depuis lors n’a pas permis la construction d’un Etat solide et protecteur pour des populations qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Les ONG sont nombreuses à prétendre aider Haïti et toutes ne sont pas loyales ; mais que cela ne freine pas notre générosité. Essayons de donner aux ONG qui nous paraissent les plus fiables (pour ma part, je pense au Secours Catholique et au réseau Caritas international de l’Eglise ; ensuite, chacun voit midi à sa porte). Notre responsabilité est de donner selon notre cœur et nos moyens, celle des ONG est d’acheminer nos dons là où se trouvent les besoins ; et à la fin Dieu jugera chacune et chacun.

                Et concernant l’acheminement des aides, il est tout à fait possible de le faire par voie maritime, la côte jérémienne disposant de nombreuses baies calmes permettant le transbordement des produits sur les bateaux haïtiens des pêcheurs.
                Pour finir, je salue Mgr Joseph-Gontrand Decoste, évêque de Jérémie, rencontré à la demande de mon évêque Mgr Riocreux, qui m’a parlé, entre autres, de la nouvelle basilique ND de La Médaille Miraculeuse, en construction depuis 1997 ; les dégâts importants de l’ancienne cathédrale Saint-Louis la rendant désormais obsolète, il espère que la générosité des chrétiens permettra d’accélérer l’achèvement de ce nouveau sanctuaire bâti selon des normes parasismiques et anti-cycloniques (la crypte de cette basilique accueille d’ailleurs nombre de sinistrés jérémiens). Il m’a également fait part de l’état du diocèse (cf. compte-rendu ci-joint). Je salue également le frère Francklin Armand, dont la fraternité de l’Incarnation (vivant de la spiritualité du bienheureux Charles de Foucauld), présente un peu partout dans le pays, a vu sa maison de Jérémie particulièrement endommagée et désormais inutilisable ; une fraternité implantée également depuis deux ans en Guadeloupe à St Jean Bosco, à travers laquelle aider leurs frères de Jérémie est tout à fait possible. Je n’oublie pas le Père Jomanas Eustache, parrain de mon dernier frère, qui m’a reçu à Jérémie ; et Mgr Willy Romélus (il est mon parrain de confirmation, je peux vous le confier), surnommé en son temps « La voix des sans-voix » ou encore « le Gandhi d’Haïti », dont la prière fidèle et le travail continuent inlassablement de soutenir les gens des alentours et le pays tout entier.
                Et je ne peux terminer sans remercier mes amis de la famille Joassaint qui m’ont hébergé durant mon séjour jérémien : le Père Verdieu à Carcasse, et surtout son frère Jean-Josma, courageux médecin à Jérémie et grâce à qui j’ai pu travailler au service des Urgences pour venir en aide à ce peuple courageux, spirituel et toujours aussi digne.
                               Nap alé !

 
A Mandou, vécu en direct : trois semaines après le cyclone ce sont les inondations qui précarisent encore plus la zone ; la rivière sort complètement de son lit avec une force que l’on devine, encore une fois la population est durement touchée…

 

 Kolbe GAUTHIER, interne de Médecine Générale (4e semestre) au CHU de Pointe-à-Pitre

 PS : je retournerai en Haïti aider. Mais d’ici là, vous pouvez toujours me joindre  personnellement pour plus de renseignements en vue d’aider. Portable : 06 90 36 08 38 ;  mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 




Département de la Grand’Anse Haïti
Diocèse de Jérémie

 Objet : Rapport d’évaluation sur la situation du Diocèse de Jérémie après le passage du cyclone Matthew dans la Grand’Anse, Jérémie (sud-ouest d’Haïti).
 
                                Pax Christi ! Je vous envoie un rapport bref et global (non détaillé, non exhaustif) sur la situation du Diocèse de Jérémie après le passage du cyclone Matthew dans la Grand’Anse, Jérémie (sud-ouest d’Haïti). Dans la nuit du 3 Octobre au matin du 4 Octobre 2016, le terrifiant cyclone Matthew (catégorie 4 à 5) a frappé violemment, balayé et endommagé sévèrement la Grand’Anse, Jérémie (sud-ouest d’Haïti), laissant derrière lui après son passage des scènes apocalyptiques de destruction, mort, désolation, et désespoir.
 
1)l’Évêché (dont le toit est en ciment) a résisté, mais a perdu plusieurs portes et fenêtres ; une partie du mur qui entourait et protégeait l’évêché est tombé ; tous les arbres dans la cours sont tombés ; nos panneaux solaires ont été emportés par le vent ; notre « inverter » est hors d’usage, inutilisable;
2)2/3 des presbytères dans les 45 paroisses qui avaient leurs toits en tôles ont perdu leurs toits et sont sévèrement endommagés. Les presbytères qui ont leurs toits en ciment ont résisté (bien qu’ils aient subi quelques dommages) et servent de lieux d’hébergement pour la population ;
3)38 églises paroissiales (et parmi elles la Cathédrale) sur 45 sont sévèrement endommagés : toutes ont leurs toits  qui étaient en tôles emportés par le vent, toutes ont leurs bancs endommagés, la plupart de leurs portes et fenêtres sont brisées, plusieurs d’entre elles ont des pans de murs qui sont tombés, certaines d’entres elles ont leurs autels et tabernacles endommagés. Seulement 7 églises paroissiales (Corail, Vieux-Bourg, Sainte Hélène, Marfranc, Basilique Médaille Miraculeuse, Moron, Pestel)  ont conservé leurs toits parce qu’ils étaient en ciment, mais elles ont leurs portes, fenêtres et bancs endommagés ;
4)Environ 220 chapelles dans les 45 paroisses dont tous les toits sont en tôles sont sévèrement endommagés : leurs toits, portes, fenêtres, bancs, autels sont très affectés ;
5)Toutes nos écoles catholiques presbytérales/congréganistes dont les toits étaient en tôles ont perdu leurs toits, tandis que leurs portes, fenêtres, bancs, livres et archives sont sévèrement endommagés. Les écoles catholiques qui ont leurs toits en ciment (bien qu’ils aient subi quelques dommages) sont utilisées comme lieux d’hébergement de la population ;
6)2/3 de la population ont perdu leurs maisons (sévèrement endommagés ou complètement détruites) et sont laissés sans abris. Ils sont accueillis et hébergés dans les structures paroissiales qui ne sont pas sévèrement endommagées ;
7)Tous les arbres fruitiers, les caféiers, les bananeraies, les cocotiers, les arbres véritables, les jardins de pois, de mais, d’ignames, de patates douces, de manioc, de légumes, sont complètement détruits. On craint une catastrophe écologique, environnementale. On craint aussi une famine terrible parmi la population dans quelques semaines ;
8)32 séminaristes sur nos 40 séminaristes ont leurs maisons familiales complètement détruites ; tandis que les 8 autres séminaristes ont leurs  maisons familiales gravement endommagées ;
9)Besoins urgents :
-nourriture (riz, mais, pois, huile d’olive, etc.) ; articles de toilette : savon, pate dentifrice, etc.
-eau potable (nécessité de creuser des puits) ;
- prévenir, endiguer les maladies, telles que : la fièvre, la malaria, le choléra, etc. ; médicaments, acquatable, chlorox, etc.
-abris provisoires (tentes, prélats, tôles, planches, clous,) pour les 2/3 de la population qui ont perdu leurs maisons ; avec la perspective de construire des maisons définitives pour les sans-abris ;
-couvertures : vêtements, draps, serviettes, etc.
-scies électriques pour couper les arbres tombés qui bloquent les routes, l’accès pour apporter l’aide d’urgence à la population dans la détresse;
-livres scolaires pour les écoliers, élèves et étudiants de nos écoles catholiques qui ont tout perdu ;
-intrants, semences de pois, riz, mais, tomates, concombres, épinards, légumes, etc. ; plantules d’arbres fruitiers pour reboiser la Grand’Anse ;
-repeuplement bovin, porcin, caprin ;
-reconstruire au fur et à mesure toutes les structures matérielles (églises, chapelles, écoles presbytérales/congréganistes, centres de santé, centres de catéchèse (Stella Maris, Institut Magnificat), asiles pour vieillards, orphelinats, presbytères, couvents (dont la maison des Petits Frères de l’Incarnation) etc… du Diocèse de Jérémie qui ont été détruites ou gravement endommagées.
 
Avec mes vifs remerciements, mes respectueuses salutations, et ma bénédiction  dans le Seigneur,
 
 
+Joseph Gontrand DÉCOSTE,SJ

Évêque du Diocèse de Jérémie
1er.11.16

 


Questions liturgiques